January 22, 2019

Qui paye le joueur de pipeau?

Je suis de plus en plus concerné par l’effet des leader-clef d’opinion (LCO) sur la pratique orthodontique. Deux nouvelles publications m’ont dérangées et je ne peux simplement pas ne pas y répondre.

Les LCO sont des praticiens qui reçoivent des paiements de la part d’entreprises pour leur aide à la promotion et au développement de leurs produits.

J’ai posté au sujet des Leader-clef d’opinion plusieurs fois. Ces posts ont généré des débats importants. J’ai également publié un post rédigé par Jason Cope, qui a établi son rôle en tant que LCO de façon claire et en toute transparence. Il a soulevé le point crucial qu’un Leader d’opinion doit déclarer tout potentiel conflit d’intérêt quand il parle ou écrit au sujet d’un produit.

Récemment, il y a eu une recrudescence de LCO actifs sur les réseaux sociaux. Ceci a entraîné des prétentions concernant les effets de certains appareils qui ne sont pas appuyées par la recherche. En outre, deux ”articles de LCO” récemment publiés m’ont inquiétés. Ils sont dans un éditorial de l’AJO-DO et une discussion sur les auto-ligaturants dans le JCO (Journal of Clinical Orthodontics).

Commençons par l’éditorial de Dave Paquette dans l’AJO-DO :

En défense des parrainages par les entreprises et un plaidoyer pour la civilité.

David Paquette

Am J Orthod Dentofacial Orthop 2018;154:459-60 https://doi.org/10.1016/j.ajodo.2018.07.007

Qu’a-t-il dit?

Dans cet éditorial, il fait remarquer que les fabricants développent de nouveaux produits afin de nous aider à réaliser de meilleurs soins. Faisant partie de ce processus, les Leader-clef d’opinion nous informent de leurs expériences cliniques lorsqu’ils utilisent ces produits. Cependant, il y a là une supposition que si un conférencier est rémunéré par une société, leurs opinions doivent être biaisées. Ainsi, il y a un débat vigoureux sur le rôle d’un parrainage par une entreprise et l’influence des LCO. Ce qui est important, c’est qu’une partie de ce débat est méconnue.

Il affirme ensuite que les événements d’entreprises qui font la promotion d’un produit ou d’une société sont voués à être biaisés. Par ailleurs, des biais similaires sont présents dans la sélection des conférenciers au congrès annuel de l’AAO.

Il écrit aussi que la plupart du temps la seule preuve soutenant les nouvelles technologies est issue de rapports de cas. Et ceci est lié au fait qu’on ne peut mettre en pause l’arrivée des nouvelles technologies en attendant les résultats des essais cliniques.

Enfin, il a l’impression que ceux qui sont “sur scène” devraient parler de leurs associations et biais. En faisant cela, nous pouvons tous nous soutenir.

Qu’en ai-je pensé?

Je pense que le message global est de rappeler que lorsqu’un LCO promeut un traitement, il ne devrait pas toujours être traité avec suspicion. Je suis d’accord, mais uniquement s’ils déclarent leur association. Aux Etats-Unis les rémunérations de LCO sont publiés. Allez voir ce site web et tapez le nom d’un LCO, vous y trouverez leurs revenus provenant des sociétés :  https://openpaymentsdata.cms.gov.

Malheureusement, c’est bien dommage que les associations du Dr Paquette n’aient pas été mentionnées dans cet édito. A mon avis, cela annule ces arguments.

Voyons maintenant le JCO.

Nous savons tous que le JCO n’est pas un journal qui publie des articles de recherche scientifique. Cependant, il s’agit d’une source très utile de superbes informations cliniques. Par conséquent, il a une influence sur la pratique clinique. Ainsi, ceci implique que l’éditeur et les membres de l’éditorial ont une responsabilité vis-à-vis de nos patients.

J’étais donc surpris de tomber sur l’éditorial et la “discussion ouverte” sur les brackets auto-ligaturants.

Editorial , les pour et contre de l’auto-ligaturant.

R Keim, JCO Août 2018.

Dans cet éditorial, le Dr Keim déclare que : “ la littérature validée et sans biais sur les auto-ligaturants est floue.” et que “la meilleure façon pour le lecteur moyen du JCO d’avoir une vision claire de l’auto-ligaturant serait de l’apprendre par des praticiens qui ont une pratique en cabinet privé de l’orthodontie”.

Pour être honnête, je suis confus par ces commentaires. Selon mon point de vue, il est clair d’après les résultats de plusieurs essais cliniques et de revues systématiques qu’il n’y a pas d’avantage réel de l’auto-ligaturant. Pourtant, il a l’air de ne pas être d’accord avec cette quantité de preuves?

J’étais d’autant plus inquiet lorsqu’il a écrit :

“ La contribution actuelle du Dr Graham est un apport précieux au corps de la littérature sur la pratique de l’orthodontie. J’ai appris beaucoup de choses à partir de cet article, et je suis sûr que vous également. Il va certainement chiffonner certains traditionalistes”.

J’ai interprété cela comme une façon de dire que croire aux soins “ basés sur la preuve scientifique” fait de nous des traditionalistes.

La discussion ouverte sur l’auto-ligaturant

Sur la sellette : les brackets auto-ligaturants.

JCO Août 2018

Voyons la discussion menée par le Dr Graham. Voici les quelques points pertinents :

Quand il a posé la question suivante à un échantillon de praticiens en cabinet privé :

“ La recherche basée sur la preuve en ce qui concerne les auto-ligaturants ne penche pas en faveur ou contre ceux-ci. Pourquoi?”

Derek Bock: “La plupart des études sont biaisées de fait. Elles ne posent pas les bonnes questions.”

Tom Barron: “Je ne suis pas du tout d’accord. Il existe une prépondérance croissante de preuves issues de rapports de cas et d’enquêtes in vitro.”

Bill Dischinger: “ Existe-t-il quelque chose qui soit basé sur la preuve en orthodontie.”

Stuart Frost : “Je crois que cela est dû aux biais des études et ceux qui en bénéficient.”

Tom Pitts : “Je me suis basé sur mon expérience.”

D’autres commentaires qui ressortent à propos des prétentions de l’auto-ligaturant sont:

Luis Carriere: “Il n’y a pas de douleur” “la durée du traitement est plus courte”.

Tom Barron: “ Si j’avais dû retourner à un traitement twin-bracket, j’aurais dû planifier plus de cas avec extractions, d’appareils d’expansion ou de distraction intermaxillaire assistée chirurgicalement.”

Qu’en ai-je pensé?

Tous ces commentaires, et d’autres, s’opposent aux preuves scientifiques sur les auto-ligaturants. Je me suis demandé pourquoi ont-ils pris cette approche ? Je m’inquiète d’un retour aux temps où les prétentions au sujet des auto-ligaturants étaient hors de contrôle. Peut-être que les praticiens privés sélectionnés n’ont pas compris ou lu la littérature? Ensuite j’ai regardé le site internet ouvert a public sur les rémunérations…

J’ai trouvé qu’en 2017, les Dr Bock, Dischinger, Frost, Paschal, Barron et Reynolds ont reçu ensemble une rémunération totale de 1 065 000$ (distribution inégale des parts) des entreprises qui vendent des brackets auto-ligaturants. Vous pouvez regarder facilement ces paiements sur Open Payments.

D’autre part, Luis Carriere est un leader clef d’opinion majeur pour Henry Schein Orthodontics et possède un bracket auto-ligaturant qui porte son nom.

De manière ironique, si les entreprises avaient dépensé ces larges sommes d’argent sur des essais cliniques au lieu de les donner aux LCO alors nous aurions disposé d’informations sur le manque de preuve sur l’utilisation des auto-ligaturants plus vite que ce qui a été fait.

Il n’y a vraiment rien d’autre à dire. Cependant, je suis certain que si le JCO avait déclaré ces conflits d’intérêt l’article aurait été interprété différemment.

Résumé

Précédemment, lorsque j’ai écrit sur les LCO, plusieurs personnes ont commenté que je ne devais pas m’inquiéter et qu’il fallait que j’arrête d’en parler comme étant un problème. Je suis inquiet parce que beaucoup de personnes ont essayé pendant des années d’augmenter le niveau de preuve de l’orthodontie. A mon avis, la dernière chose qu’on souhaiterait est d’autres LCO spécialistes en orthodontie qui fournissent de nouvelles fausses informations sur les produits, sans déclarer leur conflit d’intérêt potentiel.

Je ne peux pas m’empêcher de penser qu’il y a un danger à ce que nous devenions des commerçants d’un certain type de technique que nous sommes payés à développer / promouvoir. Ce n’est pas comme cela qu’une spécialité respectée doit se comporter.

 

 

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